Si vous voulez nous faire partager votre histoire, nous pouvons publier vos souffrances et votre vécu sur cette page. Pour cela, envoyez nous votre témoignage en cliquant ici.

Attention cependant, certains temoignages sont véritablement effrayants. S'ils permettent aux non-victimes de mieux appréhender la réalité de l'inceste et offrent une reconnaissance aux victimes de leur statut, ayez conscience que la lecture de ces lignes est parfois difficile.


A vous qui venez lire ces quelques lignes...
Peut-être n'êtes vous pas victimes, mais peut-être recherchez vous à mieux connaître le sujet , qui sait peut-être pour aider un proche, un ami en souffrance...

Si l'on vous parle de viol et d'inceste, à quoi pensez-vous? A des enfants battus , violés, souffrant sous les coups d'êtres pervers...
Oui c'est vrai, c'est une réalité...mais...
Mais si ce proche, cet ami que peut-être vous voulez aider vous dit qu'il a été abusé sans violence, et vous dit qu'il est dévoré par la honte...qu'il a ressenti des choses, des réactions dans son corps, des sensations dites "agréables" (n'oubliez pas les guillemets!) alors que penserez-vous???
Sujet tabou... Sujet qui enferme certaines victimes à tout jamais dans le silence, parce que "le monde" ne veut pas voir que les enfants et ados abusés sont des êtres au corps vivant, subissant malgré eux les réactions d'un corps perdu...

Parce que probablement beaucoup de gens ne souhaitent pas voir, pas comprendre, parce que ça choque, c'est contraire à ce que l'on veut croire...
Oui mais nous... On devient quoi si vous gardez ce tabou?

Essayez de comprendre, essayez... réfléchissez avec le coeur, ça sera facile...
Imaginez vous dans une pièce avec une autre personne... Imaginez que cette personne possède une télécommande... Imaginez que lorsque cette personne appuie sur cette télécommande, elle peut contrôler vos mouvements... Vous voulez croiser les bras... Mais NON, cette personne DECIDE que vous lèverez les bras en l'air... Et c'est ainsi puisque vous ne pouvez rien faire, votre volonté n'y peut rien, c'est fini, vous êtes son pantin...
Fin de l'histoire, fin du cauchemar...

Alors surtout ne jugez pas, ne dites pas que vous ne saviez pas, aidez, comprenez, admettez que ça peut arriver et que c'est en train de nous dévorer...
Et si vous êtes convaincus, expliquez à d'autres et encore à d'autres, pour que cela se brise, pour que cela fasse partie des informations que tout un chacun connaîtra sur les abus sexuels.

La violence existe, mais le reste aussi...

Opale


Étant petit, j’ai vécu le pire qu’on puisse vivre quand on a 3-4 ans. On a pas l’âge de vivre cela, même plus grand, la vie n’est pas faite pour ça. On est là, allongé à dormir paisiblement, on rêve des champs de coquelicots, de champs immenses, quand on me sort de mes rêves brutalement, comme si pour eux je n’étais qu’un jouet, que quelque chose qu’on prend, qu’on lâche et qu’on reprendra plus tard !!! Ce n’est pas ce corps lourd sur mon corps fragile qui fait le plus peur, c’est ce souffle fort et saccadé, cette excitation dans le regard, et là tu sers les poings, tu fermes les yeux tellement fort que ça te fait mal, tu revois les champs immenses, tu te retrouves au milieu de ces champs et tu cries tellement fort, tellement tu as mal. Et puis à force, tu ne crieras plus, ça ne sert à rien, et tu ne diras plus rien non plus, puisque tout ça ne sert a rien du tout. Et on te reprendra, avec toi on "jouera" à des jeux pervers, qui n'amusent qu'eux... Et toi plus jamais tu ne fermeras les yeux pour un sommeil paisible, car toutes les nuits, toutes pratiquement sans exception, ils viendront te chercher, ils te violeront, te frapperont, te balanceront dans les escaliers parce que tu as osé te rebeller. Ou alors ils violeront ta soeur devant toi, en criant que c'est ta faute, et alors plus jamais tu ne te rebelleras, plus jamais tu ne diras non...

Et ... on t'insultera, de tous les noms, on te dira que tu l'as mérité, et qu'au fond ça te plait, on te traitera de petit pédé... et tu finiras par croire tout cela. Et puis, tu te planqueras derrière les fauteuils, tu joueras sous les tables, tu te cacheras sur les appuies de fenêtre derrière les rideaux, pour qu'on ne te trouve pas, qu'on ne te trouve jamais, mais la maison n'est pas assez grande... Alors on te trouve toujours.

Et puis, un jour, ils trouveront de nouveaux jeux, plus "hard" les uns que les autres, genre la chasse à l'enfant, le principe est simple, t'es tout nu, dans une forêt, et des adultes te courent derrière, et le premier qui t'attrape fait ce qu'il veut avec toi... et ensuite ils t'allongeront sur une table avec 20/25 adultes autour qui mattent puis après qui te passeront dessus, chacun leur tour, et toi tu es là tu n'as mm plus peur, parce que pour avoir peur, il faut être humain... et être traités comme tel à ce moment là tu ne te qualifies plus de personne, plus d'humain. Ils s'amuseront, ils t'enfonceront des trucs, ils t'obligeront à leur faire des trucs, et ils te surnommeront le roi de la pipe, et ils te diront que tu aimes ca. Et puis toute ta vie tu garderas ce goût dégueulasse dans la bouche...

Et puis à 9 ans, tu prendras tous les cachets que tu trouves pour en finir... Mais on te trouvera comme d'habitude. Alors tu erreras dans ta vie, comme aujourd'hui, spectateur de ta vie... Bon courage pour reprendre les rennes d'une vie qui est partie depuis si longtemps en lambeaux...

Et toutes les nuits, toutes les nuits, tu prieras le ciel, pour qu'on t'épargne... Et que toutes les nuits tu pries, pour que ton père ne se réveille plus... Mais il se réveille toujours, hélas.

Puis je me rhabille, pourquoi faire, hein ? Pour qu'ils aient le plaisir de me déshabiller, et de recommencer, et je reste là immobile, presque coupable, à me demander ce que j’ai bien pu faire pour être là, abandonné.

Tu as tellement honte, tu regardes par terre, et dans ta tête, tu es déjà mort à tout jamais, plus jamais rien ne sera pareil, la vie n’est plus ce qu’elle était pleine d’espoir, je suis mort…

Comment peut on vivre comme cela pendant des années, avec les mêmes rituels tous les jours, toutes les nuits, cet immense poid, qui détruit ma vie…

Eric, 24 ans


Le drame de sa vie avait commencé bien avant ma conception, moi Fanny, petite fille née de l'inceste, violée, torturée, assassinée par notre géniteur à toutes deux.

Elle n'était alors qu'une fillette de cinq ans et elle croquait la vie avec tendre insousciance. Petite espiègle au regard malicieux, elle adorait faire rire les adultes qu'elle rencontrait. Avec toute l'énergie et la curiosité de son jeune âge, elle brûlait d'impatience d'explorer le grand monde. Elle était débordante de créativité et de générosité. C'est avec une légèreté d'enfant qu'elle appréhendait son univers. Elle avait su pallier à l'amour incertain de sa mère en vouant une affection sans borne à son héros de père. Assise sur ses genoux, absorbée par les jeux taquins, elle en oubliait même qu'il était parfois très brutal. Elle avait tellement soif de tendresse qu'elle pouvait tout lui pardonner pour un câlin ou un bisou. Pour trois grammes d'amour, elle s'est donnée toute entière. Elle n'avait pas compris qu'il n'était pas un vrai papa mais un loup introduit dans la bergerie de son innocence, qui venait dévorer le doux agneau qu'elle était. Elle l'adulait et il en a profité, par sa perversité il a tout gaché.

Les caresses malsaines s'étaient infiltrées insidieusement dans leurs moments récréatifs. Furtivement, il avait glissé une main dans sa culotte pour la chatouiller, elle avait rit aux éclats, alors il a recommencé avec chaque fois plus d'audace. Il faisait le clown pour masquer ses méfaits et elle s'en amusait. Elle ne savait pas que ces jeux étaient interdits entre un père et sa fille. Il était son unique référence, elle lui faisait confiance.
 
Elle l'aimait et le craignait tout à la fois pour ses soudains accès de colère. Cela faisait de lui un papa intouchable, un papa qui ne peut être remis en cause.
 
Un jour, en prenant sa température, il avait introduit un doigt dans son anus, lui présentant cet acte comme un nouveau jeu. Elle n'avait pas su le prendre à la rigolade comme elle le faisait habituellement. Cela l'avait dérangé sans qu'elle comprenne pourquoi mais elle n'avait pas osé le lui dire. Il était de bonne humeur, il ne fallait pas le fâcher. C'était son papa rigolo, alors inutile de déclencher en lui la brute qui cognait sans se contrôler. Dans son esprit d'enfant, c'était forcément elle qui se trompait, il était l'adulte, celui qui savait. Il tira largement parti de la situation, pris par des pulsions qu'il ne pouvait plus maîtriser, il continua ses jeux abjectes jusqu'à commettre l'irréparrable.
 
Alors les éclats de rire et les joyeux babillages de l'enfant se sont tus à tout jamais. Trop vite elle devint un petit bout de femme au visage de fillette et aux yeux ronds remplis de larmes et de frayeur. Quand elle tomba enceinte de son père, elle avait 14 ans à peine. L'âge où l'enfant quitte ses poupées trop vieilles pour voyager vers d'autres horizons et conquérir son avenir. Son enfance était marquée au fer rouge par la violence d'une famille où les jeux imposés ne ressemblaient à aucun jeux d'enfants. Son innocence était souillée par le crime du sang d'un père assasin. Son avenir pulvérisé par le joug humiliant d'une mère destructrice. Elle n'était plus qu'un déchet humain fragile et résigné.
 
C'est terrible de voir s'installer la résignation dans les yeux d'un enfant et fou d'imaginer ne fut ce qu'un instant le sacrifice d'une petite fille offerte à la jouissance d'adultes détraqués. Son corps abimé par les sévices était tendu comme un arc à flèches, guettant le retour d'un danger imminant. Dès qu'il la touchait elle disparaissait, quittant son corps de petit oiseau écrasé par l'étreinte sauvage du tout-puissant prédateur. Dans un coin de la pièce, elle assistait de loin au massacre de son enveloppe charnelle, mais son esprit prenait le large. C'était sa seule chance de survivre en enfer.
 
Non, elle ne voulait pas être femme pour son père, accueillir son sexe trop dur et trop rageur dans son intimité d'adolescente. Elle ne voulait plus sentir l'odeur fétide de la folie meurtrière la pénétrer jusqu'à la pointe de son âme. Elle luttait avec toute l'énergie de sa jeunesse pour échapper à l'insupportable. Mais c'était un leurre, car le combat est toujours déloyal entre une fille et son géant de père.
 
Le crime odieux la transpercait jusqu'aux entrailles. Tout en elle se figeait quand en ses terres intérieures le liquide de la jouissance perverse l'inondait. Elle n'était plus qu'une épave noyée par le sperme, le sang et les larmes. Ce fut une bien funestre rencontre entre un de ses ovules et les spermatozoîdes de son monstre de géniteur. Pourquoi cette rencontre fut-elle féconde? La vie ne nous a pas encore donné la réponse. Mais c'est dans cette tourmente que mon existence de petit foetus et ma bien courte vie dans le monde a pris racine.
 
Moi, elle m'a prénommée Fanny, je suis son enfant. J'ai vu le jour le 29 mai 1992 et j'ai quitté ce monde quelques jours plus tard pour aller rejoindre le pays de l'envers du décor. Ses géniteurs ont saccagés mon corps. Dans une barbarie indescriptible pour maman et pour moi, ils nous ont attachées, battues, torturées, violées. 20 coups de couteau ont déchirés ma peau si douce. Dans une souffrance inhumaine, dans les larmes et dans les hurlements, j'ai succombé à mes blessures sous le regard impuissant de ma mère qui aurait donné sa vie pour sauver la mienne. Je suis sa princesse innocente arrêtée au seuil de mon existence, j'avais trois semaines et elle m'aimait. C'est la tragique histoire de notre amour partagé.

Aujourd'hui je lui prête ma voix pour écrire notre histoire.

Nathy


J'ai été victime d'attouchements avec pénétration à l'âge de 8 ans, du moins c'est à cet âge que je m'en souviens. Il y a 3 ans nous avons, ma soeur et moi, dénoncé mon père qui n'a pas nié les faits. Désormais nous essayons de nous reconstruire. Pour ma part les stigmates sont toujours présents, je n'accepte pas mon corps et je lui inflige une boulimie. Je suis suivie psychologiquement. Malgré tout cela, j'ai une vie réussie, je suis mariée et j'ai un enfant. Mais ce passé est en moi et j'ai du mal à oublier. Cependant je témoigne, car il ne faut pas hésiter à le dire.

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